Les plantes compagnes au potager bio (12 octobre 2014)

Ingénieur agronome, journaliste et auteur de plusieurs ouvrages, Jean-Paul Thorez est venu nous entretenir de ce sujet. En voici, un petit apperçu résumé par l'auteur.

"Plantes compagnes ? On pense d'abord aux « mariages » de plantes. Semer la carotte à côté du poireau, planter l'ail sous le pêcher... Comme dans la société des hommes, il est des unions réussies, d'autres qui ne donnent rien de bon. Chaque espèce végétale a sa personnalité. Créer de bons rapports de voisinage fait donc partie de l'art du jardinier." "Si des centaines de publications scientifiques ont été consacrées à l'étude d'associations entre plantes cultivées, il reste beaucoup à découvrir, ne serait-ce qu'à cause du nombre de combinaisons possibles, quasi infini. C'est le côté passionnant des plantes compagnes : chacun peut contribuer à la connaissance en faisant ses observations, ses essais...
Au-delà des unions plus ou moins réussies au potager, la « plante compagne » est celle qui, au verger, ou parmi les fleurs, ou encore dans l'environnement proche du jardin, apporte un bienfait aux autres, directement ou indirectement. Elle offre, par exemple, le gîte ou le couvert à des insectes auxiliaires. Ou bien elle a un effet bénéfique sur le tas de compost, améliore le sol ou... fournit de bons tuteurs. Il existe également des plantes qu'il vaut mieux fuir comme la peste du fait de leur côté envahissant.  Tout cela commence à être bien connu des spécialistes, et mis en pratique par des professionnels. On se rend compte qu'on peut agir sur la santé des cultures en faisant simplement agir d'autres plantes, en faisant l'économie de produits toxiques. On redécouvre que la biodiversité est pleine de ressources !
L'histoire des associations de cultures nous montre qu'elles ont été largement employées dans le passé, et le sont encore partout sur la planète... sauf dans les pays riches. Il faut croire que l'abondance d'intrants (engrais, pesticides et autres dérivés du pétrole) les rend moins nécessaires. Mais en cette période où l'on entrevoit la fin du pétrole abondant et bon marché et où il est vital de réduire les émissions de gaz à effet de serre, l'économie de moyens trouve un sens nouveau. Marier les plantes devient une solution « durable » à différents problèmes au jardin. Et on peut rêver que ce qui est bon au jardin puisse être extrapolé aux espaces verts et agricoles. Le jardin bio, un laboratoire pour la planète...

Pourquoi tant d'informations contradictoires sur les plantes compagnes ?

Pour tel site Internet américain réputé sérieux, le chou chou pommé ou chou-fleur voisine mal avec la tomate. Pour Pfeiffer et les biodynamistes, c'est le contraire ! Pour compliquer les choses, le chou-rave, qui appartient à la même espèce que les autres choux, est crédité par les biodynamistes, à la différence de ses proches cousins, de rapports "conflictuels" avec la tomate... Allons plus loin : les tomates repiquées à un emplacement où il y a eu des choux se portent très bien. Et les tomates repoussent les piérides... du chou. A l'évidence, il se passe quelque chose de fort, mais il faut bien avouer qu'il est difficile de tout maîtriser en matière d'associations de plantes potagères ! Les erreurs et confusions sont fréquentes. Toutes les sources d'information n'ont pas la même valeur. Il faut savoir de quoi l'on parle : se réfère-t-on au compte rendu d'essais menés en laboratoire, à des expérimentations faites en plein champ, ou à de simples observations de jardiniers ? En ce qui concerne le phénomène lui-même, s'agit-il de l'influence des exsudats racinaires d'une plante sur la germination d'une autre ? S'agit-il de l'influence des déchets d'une plante sur celle qui la suit dans la rotation ? S'agit-il d'un effet répulsif sur des ravageurs, ou, au contraire, attractif sur des insectes auxiliaires ? Tout cela est possible... en même temps ! Le domaine des associations de plantes recouvre différents phénomènes, et selon les circonstances l'un peut prendre le pas sur l'autre. Dans d'autres conditions on aura un résultat différent."

 

Légende des photos ci-dessous

Photo 1 Laitue + chou : on gagne de la place.
Photo 2 Le haricot d'Espagne nourrit le maïs et s'en sert comme tuteur !
Photo 3 Contre les insectes nuisibles : carotte + oignon et carotte + oignon.
Photo 4 Haricot + maïs sur la même ligne.
Photo 5 Chou et pomme de terre voisinent bien.
Photo 6 Le buis repousse les rongeurs, ce qui profite aux artichauts !
Photo 7 Semer carottes et radis ensemble présente beaucoup d'avantages.
Photo 8 Les fleurs attirent les insectes utiles aux légumes du potager.
Photo 9 Oeillet d'Inde et basilic repoussent les acariens et mouches blanches nuisibles aux tomates.
Photo 10 Chou + céleri : la combinaison gagnante contre les attaques de piérides, dont les chenilles dévorent les choux.

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