Influence de la taille sur la floraison des arbustes d'ornements (10 Mai 2015)

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      Conférence de Pascal Prieur

La taille n’est pas une nécessité ensoi ; plus un végétal est proche de ses origines botaniques (son état sauvage) et moins elle est nécessaire.

Il convient, en effet, de distinguer végétaux botaniques, antérieurs à l’apparition de l’homme, et les végétaux horticoles, qui ont été créés par l’homme pour être beaux.

Avant de tailler, il importe de comprendre le fonctionnement de la plante. La taille d’un arbuste doit être raisonnée en croisant son mode de ramification et son mode de floraison.

  1. Le mode de ramification

Le système hormonal des plantes est un ensemble de pouvoir et contre-pouvoir, qui peut être présenté comme suit :

-          Le pouvoir est celui de l’auxine, « l’hormone du chef », qui favorise le développement des racines, des rameaux horizontaux et la floraison. L’auxine régule le système en limitant la vigueur de la croissance des rameaux suite à une taille ;

-          Le contre-pouvoir est celui des citokinines, les « hormones syndicales », qui favorisent le développement vertical, le débourrement des bourgeons auxiliaires aux dépens de la floraison, qu’elles contribuent à retarder.

En conséquence et de façon générale, la taille fait pousser les rameaux de la plante. La floraison est antinomique de la vigueur des nouveaux rameaux : plus l’on taille et moins l’on obtient de fleurs.

Mais, ce principe commun à tous les végétaux s’applique différemment selon le fonctionnement de la plante considérée. On peut classer les plantes en utilisant les concepts suivants :

-          Acrotonie : une plante acrotone croît par le sommet  et continuera à croître et à prendre du volume jusqu’à sa mort. Tous les arbres sont acrotones et n’ont pas besoin de taille pour eux-mêmes, car ils ne produisent pas de vieux bois à leurs extrémités. L’azalée et le buis sont aussi acrotones ; ils peuvent se passer de taille et celle-ci n’intervient que pour satisfaire l’homme. Il en est de même de tous les végétaux que l’on peut tailler en boule.

-          Basitonie : une plante basitone se régénère par la base (souche ou rameaux inférieurs). La basitonie peut aussi être souterraine, comme chez le framboisier ou le bambou. Elle peut être naturelle ou résulter d’une « éducation » du jeune arbuste, comme chez le weigelia ou le rosier paysage. Une plante basitone cessera de gagner en hauteur dès que son système racinaire sera complètement développé, au terme de 3 à 5 ans, et produira alors du vieux bois qui devra être supprimé régulièrement.

-          Mésotonie : l’arbuste se développe en formant de nouveaux rameaux sur le milieu de la branche. Le sureau en est le plus bel exemple.

-          Mediatonie : cette sous-catégorie de la mésotonie désigne les cas où la croissance de l’arbuste résulte de la pousse des rameaux du milieu ; c’est le cas du sureau, mais il est relativement rare.

Enfin, les arcures des rameaux et leurs inclinaisons, naturelles ou forcées, peuvent être assimilées à la mésotonie, car elles contribuent à régénérer la plante en bloquant partiellement la sève, ce qui provoque le réveil des bourgeons médians. Elles limitent donc la nécessité de tailler.

Certains végétaux peuvent combiner plusieurs modes de ramification. Ainsi, l’épine noire est à la fois acrotone et basitone (basitonie souterraine).

A l’inverse, les cornouillers rouges diffèrent selon leur variété :

-          « cornus alba », aux fruits blancs, est basitone ; il faut donc l’éclaircir sur la souche ;

-          « cornus sanguinea », aux fruits rouges, est acrotone et on le taille pas. Mais, une coupe sur la souche déclenche chez lui la basitonie. 

De plus, le temps est un paramètre à ne pas oublier. A court terme, taille et floraison sont antinomiques, mais, à long terme, en l’absence de taille, le développement du bois mort a une incidence négative sur la floraison de l’arbuste.

  1. Le mode de floraison

La floraison peut se produire sur les pousses de l’année, sur celles de l’année précédente ou sur les deux (oranger du Mexique).

Une plante qui fleurit sur les pousses de l’année sera plus facilement contenue qu’une plante qui fleurit sur celles de l’année précédente.

  1. En pratique

-          La plantes acrotones ne nécessitent pas de taille pourvu qu’elles aient la place nécessaire pour continuer à croître.

-          Pour les plantes basitones, la taille est nécessaire de temps à autre. La taille minimale est une éclaircie de la souche sans toucher à la hauteur des rameaux conservés. On peut le faire après la floraison, mais tailler en hiver permettra d’obtenir des pousses plus vigoureuses (exemple : corète du Japon). A l’inverse, raccourcir leurs rameaux les fera grandir…

-          Les plantes médiatones fleurissant sur les pousses de l’année devront faire l’objet d’un recépage périodique plutôt que d’une taille annuelle.

Bertrand LEROY