La taille par transparence ( le 6 Septembre 2015)

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Conférence de Dominique COUSIN

                                                                                                                              

Dominique Cousin est, depuis 10 ans, le responsable des tailles au fameux jardin du Vastérival, à Ste Marguerite sur Mer (76), créé par la princesse Sturdza en 1955 sur un sol sablonneux, frais et acide. Ce jardin boisé de 12 ha compte 8 à 10 000 variétés d’arbres et de plantes et emploie 4 personnes.

Il est l’auteur ou le co-auteur des ouvrages suivants publiés aux éditions Ulmer : « Un jardin des quatre saisons », « Le Vastérival » et « La taille de transparence ».

  1. L’importance des préparatifs de la plantation

Trop souvent négligés, ils sont à l’origine de nombreux échecs. Tout d’abord, il convient, au vu de la nature du sol, de déterminer s’il est préférable de creuser ou de planter sur buttes.

En outre, le collet de l’arbuste ne doit pas être enterré, car il joue un rôle essentiel dans les échanges gazeux de celui-ci. Enterrer le collet est une erreur aussi grave que mettre un coussin sur le visage d’un enfant !

Enfin, le chignon de racines doit impérativement être démêlé, voire coupé, pour permettre à la plante extraite du pot de s’enraciner correctement.

  1. Du mulch, rien que du mulch !

Elément déterminant de la santé des arbustes, le mulch est le résultat du compostage des feuilles mortes et de son brassage. Il est installé au printemps au pied des arbres et arbustes et constitue leur indispensable « casse-croûte ».

D. Cousin n’utilise plus de fumier (pour mémoire, celui-ci doit être bien décomposé et avoir l’aspect du terreau avant d’être utilisé).

  1. La taille en transparence

Cette taille effectuée de l’intérieur des arbustes, sans altérer leur volume, permet de:

-          créer des perspectives en aménageant des trouées dans les feuillages,

-          apporter de la lumière et de l’eau de pluie jusqu’au pied des arbustes,

-          jouer avec la lumière et construire des mariages harmonieux de couleurs,

-          rajeunir des végétaux qui ont cru de façon excessive et dont le centre a dépéri.

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Ainsi, le visiteur du Vastérival bénéficie en permanence de la vue de 3 strates verticales de végétation : au sol, des vivaces, puis des arbustes, par exemple des acers avec quelques branches basses soigneusement conservées, et, au-dessus, des grands arbres.

L’outil privilégié de D. Cousin est une scie à tirer (à double dentition) ; il n’emploie pas de mastic à cicatriser, inefficace, sauf pour colorer la plaie. La coupe parfaite laisse un cercle sur le tronc ; une mauvaise coupe laisse une cicatrice en forme de fer à cheval et l’écorce va se décoller et ouvrir la porte aux maladies. Si le bourrelet a été entamé par la coupe, apparaissent des « parenthèses » autour de la plaie.

Il taille à compter de la mi-août, en période de sève descendante, mais jamais en hiver, car la cicatrisation de la coupe se fait plus lentement quand la plante est au repos. En aucun cas, il ne faut supprimer toutes les branches basses d’un arbuste, à la fois pour des raisons esthétiques et parce que ces branches sont utiles dans la construction en étages de l’arbuste et pour son bon approvisionnement en eau en période de sécheresse.

  1. Quelques cas pratiques

-          Pour rajeunir les azalées mollis Luteum (hauteur de 5 à 6 m) qui ont poussé dans les bois, il pratique, la première année, une grande coupe au centre et, les années suivantes il rase successivement les tiges périphériques. Ce recépage donne naissance à de nouvelles racines. On peut faire de même avec les rhododendrons, hydrangéas et toutes les plantes non greffées.

-          La taille des très nombreux hydrangéas l’emploie pendant un mois à partir de mars. Elle est faite en commençant par les paniculés, plus résistants que les autres espèces. Tailler les paniculés permet d’obtenir de grosses fleurs et améliore le maintien des tiges ; les pousses de l’année sont rabattues à 2 yeux. Sur tous les hydrangéas, D. Cousin ne conserve que le bois de moins de 3 ans.

-          Les arbres à écorce remarquable, comme les érables à peau de serpent, doivent être rabattus jeunes pour se ramifier. Mais il faut laisser du feuillage sur le tronc pour protéger du soleil les couleurs de l’écorce.

-          Les prunus et liquidambar ont tendance à former des entre-écorces ou écorces incluses, qu’il faut supprimer quand l’arbre est jeune, car l’écorce qui pousse entre les branches empêchera leur soudure. S’il est trop tard, mieux vaut ne rien faire et ne pas chercher à percer la poche d’eau située entre les 2 fourches. Mais, tôt ou tard, l’arbre s’ouvrira en deux.

-          Les rejets des hamamélis ou des arbres fruitiers doivent être arrachés et non pas coupés. Les couper réveillerait les yeux dormants et il faudrait recommencer chaque année.

-          En l’absence d’éclaircie régulière, les bambous s’échappent pour obtenir la lumière qui leur manque. Il convient donc de supprimer en septembre les tiges les plus fines et celles qui se terminent en crosse pour conserver entre les cannes un écart correspondant à la longueur du sécateur. On obtiendra ainsi un « voilage » de bambous laissant passer la lumière à travers les cannes. Si nécessaire, une seconde taille en mars permettra de calmer la vigueur de la souche.

-          Tailler le figuier après la récolte des fruits permet d’accroître la taille de ceux-ci.

 

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(première mise en pratique de notre Président, Yannick Derrien)

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Bertrand LEROY