Les jardins au Moyen age (conférence du 17 Janvier 2016) par Pierre-Jean LE ROHELLEC

 le jardinet du paradis
                                                                                                                                              

                                           Les jardins au Moyen Age (Vème-XVème siècle)

                                                                                                                                     

A la suite de l’effondrement de l’Empire romain envahi progressivement par les Barbares, notamment à la faveur du gel des eaux du Rhin en 406, les populations se sont trouvées coupées de Rome et, pour survivre, se sont rassemblées autour des monastères, seules structures échappant à l’anarchie. Jusqu’à la construction de structures étatiques nouvelles, les monastères sont restés au centre de la vie humaine et la conception du jardin médiéval en a été fortement influencée.

Il ne reste aujourd’hui en Europe aucun jardin du Moyen Age ; nous ne disposons donc que de reconstitutions, effectuées à partir des textes et des tableaux qui ont survécu. Mais, la plupart de ces peintures ne sont pas des descriptions fidèles des jardins, mais en font des allégories du paradis.

Ainsi, le Jardinet du Paradis (1410) est une toile d’un peintre allemand inconnu qui montre le jardin comme un espace clos, ceint de hautes murailles crénelées, à l’abri desquelles se déroule une vie harmonieuse dans un cadre riche de fleurs, d’arbres, de fruits et d’oiseaux : Marie lit un livre, l’enfant Jésus apprend à jouer de la musique et ils sont entourés d’anges et de courtisans. Dans un angle du tableau, un dragon mort, le ventre en l’air, symbolise la défaite du Mal.

 evangile de saintmedard

Dans l’évangile de St Médard de Soissons (vers l’an 800), le jardin est structuré autour d’une fontaine hexagonale, réminiscence de la fontaine du paradis, entourée d’une exèdre et d’une colonnade à chapiteaux. Autour de cet ensemble, sont représentés sur un fonds verdoyant des cygnes, des cerfs et des faisans. Dans cette représentation du jardin, l’inspiration religieuse est accompagnée de références à l’antiquité romaine, en particulier à la villa de l’empereur Hadrien à Tivoli.

La période qualifiée de Haut Moyen-Age (500 -800) a vu un effort exceptionnel de conservation et de transmission des savoirs hérités de l’Antiquité : les moines copistes ont reproduit les textes qui n’avaient pas disparu durant les troubles en privilégiant les auteurs compatibles avec la foi chrétienne (penseurs stoïciens, Jules César) et les traités d’agronomie de Caton, Varron et Columelle. Les principaux traits du jardin du monastère médiéval en résultent, toujours en union avec des références chrétiennes :

-          recherche de l’autosuffisance : il est indispensable de disposer de fruits, de légumes, de plantes médicinales, de poisson, de volailles, de porcs, de vigne, etc.

-          présence d’un cloître, inspiré du péristyle de la partie privée de la villa romaine, permettant de s’isoler du monde à l’abri de murs aveugles,

-          plan cruciforme du jardin, avec 4 allées ou canaux dirigés vers les points cardinaux et une fontaine ou un puits au centre.

Sous le règne de Charlemagne (768-814), a été publié un codex (livre) intitulé « De villis imperialis » qui contient des plans très précis d’exploitations agricoles et dresse la liste de 72 plantes et de 16 arbres fruitiers considérés comme indispensables.

De la même époque, nous avons conservé le plan de l’abbaye de St Gall (Suisse), plan idéal d’un monastère, qui détaille les parcelles destinées aux diverses catégories de plantes et aux traitements à leur apporter pour les rendre comestibles. A noter qu’au Moyen-Age, cimetière et verger sont confondus : l’herbe verte symbolise la félicité future et l’alignement des arbres la résurrection.

Au IXème siècle également, un moine allemand nommé Walafrid Strabon a écrit un poème en 22 strophes, « Hortulus », décrivant le travail du jardinier (3 strophes) et les plantes à connaître (19 strophes). Ce poème est conçu pour être mémorisé par les gens qui ne savent pas lire.

Vers 950, parait en grec, à Constantinople, une encyclopédie de l’agriculture, de l’élevage et de la viticulture sous le nom de Geoponica. Une partie de cette compilation de textes anciens a pour objet l’art des jardins.

Avec les croisades, s’ouvre au XIème siècle une période de rencontre avec l’Orient, qui permet de rapporter en Europe des graines de plantes et d’arbres jusqu’alors inconnus (cerisier, pêcher, abricotier).

Puis, les XIVème et XVème siècles verront s’épanouir « l’amour courtois », en contraste avec l’esprit belliqueux de la chevalerie. Idéalisation de la femme et spiritualisation de l’amour sont illustrées dans des décors champêtres où la rose devient le symbole de cet amour courtois.

Enfin, les guerres d’Italie conduites par les rois de France à compter de 1488 feront bientôt disparaitre le jardin médiéval au profit du jardin de la Renaissance. Une reconstitution récente de ce jardin médiéval disparu, divisé en nombreux compartiments à vocation utilitaire, peut être visitée dans le Berry, au prieuré N.D. d’Orsan (prieuredorsan.com).

Bertrand LEROY

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