Voyage en région PACA

Voyage en région PACA Dépaysement dans cette ambiance méditerranéenne évocatrice de détente, beauté des sites, originalité et diversité des jardins, guides passionnants et surtout sympathique convivialité des participants .... Voici ce qui émerge, pour moi, de cette belle semaine en PACA qui réunissait les sociétés d'horticulture d'Auray et de Vannes.

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♦ Notre première visite est réservée au « Domaine du Rayol ». Nous partons, pilotés par deux jeunes « guides-nature » dynamiques, à la découverte des « jardins » conçus par le paysagiste Gilles Clément. Son objectif était de réunir et de reproduire, dans des espaces plus ou moins vastes, les paysages de diverses régions du monde à climat méditerranéen. Nous avons parcouru les jardins des Canaries, de la Californie, de l'Australie, de l'Amérique aride, du Chili et de la Nouvelle-Zélande. Nous reconnaissons diverses plantes acclimatées (même en Bretagne ...) et découvrons des curiosités aux comportements inattendus (l'herbe tronc d'Australie, le dragonnier des Canaries, Dracaena draco ...). C'est extrêmement enrichissant, ludique et opportun.

 

♦ Le Samedi, Nicole Arboireau nous accueille dans son jardin « La Pomme d'Ambre » à Fréjus. Enfant du pays, elle connait tout de la région et, par expérience vécue, tout du jardin qu'elle décrit comme un « désordre charmant » et qu'elle nous a commenté avec pédagogie et humour. C'est à notre avis un « désordre remarquable » et parfaitement géré !... Dans tous les coins de terre disponibles, des décors originaux et amusants y trouvent aussi leur place (tea for two, vélo fleuri, vieux outils de jardin décorés ....). Nicole connait toutes ses plantes . Elle nous dira ses trouvailles en jardinage et au passage quelques astuces culinaires car c'est aussi une personne pétillante d'idées et au savoir multiple. Nicole Arboireau avait aussi accepté de nous préparer un « Buffet provençal » avec (comble d'attention) des assaisonnements et aromates adaptés à nos palais bretons .... Un repas qui a soulevé beaucoup d'enthousiasme et à l'issue duquel ce fut la ruée pour acheter son livre « un jardin de grands-mères », oui elle est aussi poète !..Une visite pleine de chaleur et d'émotion.

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♦ Le Dimanche, autre jardin, autre style ... Nous visitons « la Villa Fort France » à Grasse, le jardin de Valérie de Courcel ; peintre paysagiste. Le jardin s'organise de part et d'autre d'un escalier de pierre qui gravit la colline au milieu des terrasses d'une ancienne oliveraie dont les alignements d'oliviers structurent l'espace. Dans ses compositions, Valérie de Courcel valorise les contrastes des silhouettes et des structures naturelles ou taillées de végétaux. Ainsi sont mis en valeur les grands bouquets flous des rosiers Iceberg sous les oliviers ou sur les plates-bandes, la rondeur des crambes, cistes ou santolines ..graphisme des euphorbes, iris, agapanthes ... ou celui des topiaires d'ifs, de buis, de Pittosporum.

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Sur la hauteur, une belle demeure des années 30 est entourée de grands arbres : cyprès envahis par des rosiers banksiae, métaséquoia, camphrier, caroubier et platanes aux cimes greffées entre elles. La visite s'achève par l'atelier de peintre de Valérie de Courcel. Dans un étonnant graphisme géométrique et un mariage subtil des couleurs, elle sublime avec talent ses « impressions de jardins ». Merci Valérie....

► Une belle ballade dans les vieilles rues de Grasse suivie d'un après-midi « parfumé » au musée Fragonard.

► Enfin, une visite à l'oliveraie de la Royrie particulièrement « arrosée » (par le ciel ...), des oliviers plusieurs fois centenaires, une dégustation originale et tout sur la « véritable » huile d'olive AOC de Provence.

 

♦ Le lundi visite du Jardin botanique Hanbury

►Ce jardin, situé à la frontière italienne est un domaine de 18ha., Il occupe tout le vaste massif du cap Mortola plongeant dans la mer. Dès notre arrivée dans le haut du domaine nous sommes saisis par son ampleur. Grandiose ! ... La réputation de ce jardin est due à la diversité de ses espèces exotiques. A l'origine de cette richesse, un homme : Thomas Hanbury et un projet : la création d'un jardin botanique exotique. C'est ainsi, que dés 1868 débute sur le domaine l'acclimatation d'espèces forestières, fruitières et ornementales venant de toutes les régions du globe. Aujourd'hui, un recensement établi par l'université de Gênes évalue la richesse de Hanbury à environ 7000 espèces.

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Le domaine est aménagé à l'échelle de ses dimensions : un immense parc entrecoupé de longues allées et d'escaliers tracés dans le sens de la pente ouvrent sur de belles perspectives. Des chemins traversiers sillonnent le parc. Citons quelques plantes exceptionnelles que nous avons admiré : un majestueux cyprès deGoa (Cupressus lusitanica) dont les graines avaient été offertes à T. Hanbury par G.Thuret en 1869 ; un Araucaria cunninghamii aux écailles minuscules (6 à 8mm) de belle taille planté en 1871 ; de grands exemplaires d'eucalyptus originaires d'Australie, dont l'un aux feuilles à la senteur de citron (E.citriodora) et l'autre, très tortueux au bois dur (E.sideroxylon) utilise en construction, notamment pour des traverses de chemin de fer ; le palmier bleu du Mexique (Brahea armata) présent sur la Côte d'Azur mais rare. Nous avons vu aussi une collection d'agaves aux morphologies variés et des cicas dont des exemplaires de la variété la plus courante (C.revoluta) bordent une des allées du parc. Le palais, un édifice du XIe siècle construit sur une ancienne villa romaine, aujourd'hui lieu d'expositions, est très fleuri. Ses abords et la placette qui le précèdent sont plantés de massifs d'oiseaux de paradis, d'agapanthes, de pavots de Californie, de vipérines en touffes, de Brugmansias roses et de Thunbergias. En fin de visite, l'approche de la mer et la buvette réveillent les appétits. Nous y déjeunons à l'italienne dans une ambiance de « dolce vita »....

► Un peu de shoping dans le vieux Nice et une jolie flânerie sur la promenade des Anglais.

 

♦ Le Mardi est consacré aux visites des jardins de « La Villa Thuret » à Antibes le matin et de la « Villa Ephrussy de Rothschild » à Saint-Jean Cap Ferrat l'après-midi.

► Le jardin botanique de la Villa Thuret est un domaine d'acclimatation des espèces exotiques, il dépend de l'INRA. L'objectif final de ses travaux est de mettre à terme ( !?) certaines de ces espèces acclimatées à la disposition des professionnels de l'horticulture. Tenus en haleine par la culture et la verve de notre guide Marc Bottin, nous avons parcouru ce « jardin » à la rencontre de ces espèces peu connues.

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Entre autres, nous avons vu : les cicas qui ont vu naître et disparaître les dinosaures ; le cocotier du Chili (Jubaea chilensis) le plus massif des palmiers, dont la sève sert à faire du miel ou de l'alcool de palme ; l'Eucalyptus betamii, un géant de 38m. à l'écorce d'un blanc immaculé ; un boldo, à l'allure d'un laurier-tin et aux feuilles odorantes connues chez nous sous forme de tisanes ; des marronniers de Californie aux gros marrons à bogues lisses ... et bien d'autres.

► La Villa Ephrussy de Rothschild, située au sommet du Cap Ferrat, serait la plus belle de ces « demeures de rêve » construites au début du siècle dernier par de richissimes personnalités attirées par la douceur du climat de la Côte d'Azur. Face à la demeure s'étend un jardin à la française composé, dans le même axe, d'un grand parterre et d'une longue pièce d'eau dominée par un temple de l'amour. Ce jardin est planté de nombreuses espèces exotiques telles que : palmiers, cordylines, ficus, dazylirions, avocatiers, orangers, cicas ... Un spectacle de jets d'eau musicaux anime ce miroir d'eau.

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Cette perspective est entouré par des jardins à thème crées à l'origine : le jardin espagnol, le jardin lapidaire, le jardin japonais. Tous typiquement végétalisés, ils nous plongent dans leur ambiance locale. La roseraie est conçue en espaces monochromes de teintes variées. Aujourd'hui, cet espace s'est agrandi d'un jardin florentin, d'un jardin exotique présentant une très belle collection de succulentes et de cactées et d'un beau jardin provençal. L'ensemble est très fleuri, harmonieux et remarquablement entretenu.

 

♦ Le Mercredi visite du jardin botanique du Val Rahmeh à Menton.

► Situé à Menton, le Val Rahmeh est le jardin le plus chaud de France. C'était à l'origine une parcelle de campagne qui a été transformée en lieu d'habitation et en jardin d'agrément à partir de 1926 et en y installant les plantes exotiques en vogue à cette époque. Aujourd'hui propriété de l'état, il est géré par le Muséum d'Histoire Naturelle et peut être considéré comme le jardin le plus riche et le plus diversifié en plantes exotiques cultivées en plein air de France et sans doute d'Europe. Cette originalité justifie d'en poser le décor. Nous y accédons par une allée luxuriante bordée d'un côté de bananiers d'Abyssinie (Ensete ventricosum) et de l'autre par des fougères arborescentes et des Brugmansias blancs, le tout dominé par des palmiers des Canaries presque centenaires ; nous pourrions alors presque nous croire sous les tropiques ! Dans la cour une belle scène nous attend : à l'ombre légère d'un Bombax (Chorisia speciosa) de la famille du baobab au tronc vert, charnu, épineux à l'âge adulte s'élance une grosse touffe d'Echiums,à côté, le muret disparaît sous une avalanche de Russelias et d'une jolie Solanée orange(Streptosolen jamesonii). Côté sud, nous découvrons la façade d'une magnifique maison méditerranéenne aux couleurs chaudes couverte de faux jasmin (Trachelospermum jasminoïdes) et de Thunbergia grandiflora aux fleurs bleues. A ses pieds, un grand rectangle de gazon sert d'écrin à quelques raretés : quatre élégants « cocotiers du Brésil » (Syagrus romanzoffiana ) de 6 à 7m. aux troncs fins et aux palmes à l'allure de plumes d'autruche ; « un palmier queue de poisson » (Cariota urens) aux folioles des palmes en forme de queue de poisson ; deux cordyline australis, l'une rouge et l'autre verte (connues en Bretagne). En contrebas, un second jardin est accessible par une passerelle habillée d'un vigoureux chèvrefeuille. Il est centré autour d'un bassin couvert de lotus, de nymphéas, de jacinthes et d'iris d'eau. En bordure, s'impose deux superbes palmiers aux feuilles vernissées (Phoenix sylvestris), originaires de Floride, d'environ 4m. et âgés de 25 ans. Une bande de Broméliacées rouges et jaunes en garnit le pourtour. Derrière les palmiers, une touffe vaporeuse aux fines tiges noires, aussi volumineuse que les deux palmiers réunis, nous intrigue : c'est un bambou tropical mexicain (Otatea acuminata). Nous passons ensuite à côté d'un bel ensemble de grandes vipérines (Echium pininana) qui souligne la majesté du plus vieil arbre du jardin, un olivier de 400 ans ! En fond de verdure, nous notons : un châtaigner d'Australie, divers Melaleucas peu connus, des camphriers et des caroubiers etc.... On remarquera au passage un dragonnier, des Yuccas rostrata à tête sphérique et des yuccas géants (yucca guatelamensis) qui fleuriront cet été.

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Isolé sur la pelouse, un remarquable « arbre bouteille » (Beaucarnea recurvata) de 4m. impose sa masse élégante ; c'est une Agavaccé, à la base renflée et ramifiée en 5 branches produisant des feuilles souples retombantes qui évoquent de longues chevelures. L'ombre d'un immense cyprès de goven (Cupressus.goviniana), originaire de Californie, est le bienvenu pour une pause. Nous nous attarderons un peu sur la collection d'agrumes dont beaucoup d'arbres portent leurs fruits, y compris le curieux Citrus « petite main » ou « main de Bouddha ». La collection de bambous étant dispersée dans le jardin à des fins ornementales, nous terminerons par un parcours entre ces bambous géants, des Dendrocalamus de 12m. endémiques des forêts tropicales du sud-est asiatique ; leur fragilité au froid est telle, qu'ils ne se cultivent qu'entre Eze et San Remo.

 

Ainsi se termine ce plongeon dans la richesse végétale asiatique et son étonnante beauté. Nous partions pour voir de beaux jardins, il me semble que nous avons été dépassé par : la somptuosité de la Villa Ephrussi de Rothschild, la majesté du parc Hanbury, la créativité et l'accueil de Nicole Arboireau et de Valérie de Courcel, le dépaysement du Rayol, la classe et la richesse du Val Rahmeh. De magnifiques souvenirs horticoles sublimés par une chaleureuse ambiance entre tous les sociétaires.

 

 

Quiberon le 04 juillet 2012

Maryvonne & Jean DECHARME