Pucerons

les pucerons : incidence du milieu

Dans la nature le développement des pucerons est sous la dépendance de nombreux facteurs, facteurs climatiques qui ont une influence majeure, mais aussi facteurs biologiques relevant des caractères propres au puceron, de la qualité nutritive de la plante hôte, de l’existence d’ennemis naturels. Tous ces facteurs peuvent être décalés ou simultanés et produire des effets favorables, défavorables ou antagonistes ; l’effet global de ces incidences étant spécifique de l’espèce du puceron.

Quelques données permettent d’appréhender l’intrication de certains facteurs jouant sur le comportement des pucerons.

Les pucerons comme tous les insectes ont besoin de chaleur. Le développement d’une génération de pucerons dépend de la chaleur accumulée au dessus d’une température seuil (de l’ordre de 0 à 4. 5°C selon les espèces).

La rapidité du développement des pucerons n’est pas seulement favorisée par la température, mais aussi par la qualité nutritive de la plante hôte. Pour une même espèce celle-ci est variable d’un organe à l’autre et au sein d’une espèce, différente selon les variétés. Avant de s’alimenter le puceron a un comportement particulier, il « goûte » le tissu végétal en effectuant des piqûres d’essai qui lui permettent de « choisir » le site le mieux adapté à ses besoins alimentaires.

Au printemps, les colonies se développent et deviennent populeuses. Dans le même temps, le végétal colonisé vieillit. Surpopulation, diminution de la qualité nutritive du végétal et températures encore basses vont initier l’apparition des ailés.

L’envol des pucerons est soumis aux conditions du milieu : vent calme, température comprise entre 15 et 30°C. (celle-ci étant létale), ensoleillement qui joue sur le rythme des départs. Les règles de Davies, établies il y a de nombreuses années, précisent qu’il n’y a plus de vols dés que la température est inférieure à 18°C., le vent supérieur à 9 km/heure, l’hygrométrie supérieure à 70%, le ciel couvert. Ces conditions se rencontrent en Bretagne et sur la région côtière du Nord. Elles ont été mises à profit dans le cadre de la sélection sanitaire des plants de pommes de terre. Dans ces régions privilégiées, exemptes de pucerons vecteurs et de virus, les cultures destinées à la multiplication des semences sont à l’abri des contaminations.

Un vent faible peut entraîner passivement larves et adultes et participer ainsi à la colonisation de plantes nouvelles ; mais vent fort et pluie violente détruisent les colonies en délogeant les pucerons de leur site végétal.

A l’automne les formes sexuées apparaissent lorsque la durée du jour diminue.

En fait photopériode et baisse de la température agissent en association sur la production des formes sexuées.

A la fin de l’été, hygrométrie élevée et température douce favorisent le développement de champignons parasites des pucerons (les Entomophthora) participant ainsi à la régulation naturelle des populations de ravageurs.

description et biologie

Parmi les insectes, les pucerons forment le groupe le plus important sur le plan agronomique. Environ 700 espèces sont connues en France sur les plantes cultivées.

Ils sont uniquement phytophages et possèdent des caractères biologiques qui en font des ravageurs majeurs des cultures.

1. Description.

Les pucerons sont des insectes très communs, souvent groupés en colonies populeuses sur les pousses ou au revers des feuilles.

Leur corps est mou, le plus souvent globuleux de 1 à 4 mm de long, exceptées quelques espèces telles le gros puceron du saule ou certains pucerons des conifères qui peuvent dépasser 5mm.

Les pucerons ont de grandes antennes et pour la plupart présentent de chaque côté de l’abdomen de petites protubérances tubulaires caractéristiques, les cornicules.

Ils sont de couleurs variées : vert, jaune, brun, noir, gris, mauve, rose ou rouge. Quelques espèces sécrètent une cire blanche qui recouvre les colonies d’une masse duveteuse, ce qui leur vaut le nom de pucerons lanigères.

Les colonies sont formées de pucerons aptères (sans ailes) au sein desquelles apparaissent dans certaines conditions des insectes ailés. Les larves sont identiques aux individus aptères, mais plus petites.

Très répandus dans la nature, les pucerons sont susceptibles, toutes espèces confondues, de se développer sur toutes les catégories de végétaux et de coloniser tous les types d’organes. Le plus souvent observés sur des organes tendres, pousses, bourgeons, feuilles, boutons floraux, fleurs, épis, tiges, ils peuvent aussi vivre sur des organes lignifiés, rameaux, branches ainsi que sur des racines.

2. Biologie.

- Modalités de nourriture

Les pucerons se nourrissent uniquement aux dépens des végétaux. La morphologie de leur appareil buccal leur permet d’effectuer des piqûres dans les tissus et de puiser la sève élaborée dans les vaisseaux de la plante. Une sécrétion de salive accompagne la piqûre. Celle-ci est introduite dans les tissus et peut engendrer une réaction de la plante.

- Production de miellat

La sève, unique source alimentaire du puceron, est très riche en sucre (de 10 à 25% de saccharose) et pauvre en protéines. Les pucerons en absorbe une grande quantité pour subvenir à leurs besoins en protéines. Les substances non assimilées, entre autres le sucre apporté en excès, sont éliminés par l’anus et constituent le miellat, liquide sucré, collant, qui s’étale à la surface des organes attaqués.

- Transmission de virus

Les virus des végétaux sont, dans leur très grande majorité, transmis par des vecteurs, notamment par des insectes, au sein desquels les pucerons occupent une place de premier plan.

La contamination d’une plante peut se réaliser par simple contact des tissus sains avec des pièces buccales polluées à la faveur de piqûres effectuées sur une plante virosée. Dans ce cas le pouvoir infectieux du puceron est fugace (une heure au plus).

D’autres modalités de transmissions relèvent de relations intimes virus-puceron qui mettent en jeu un processus de concentration ou de multiplication du virus dans le corps de l’insecte. Selon les modalités en cause le pouvoir infectieux du puceron ne peut durer que quelques heures à quelques jours ou toute la vie du puceron et dans quelques cas être transmis à la descendance (virus de la Mosaïque, Tristeza des agrumes, Jaunisse occidentale de la betterave (grave sur la laitue)).

- Cycle biologique

Les pucerons ont un cycle biologique complexe. Il se déroule en plusieurs étapes au cours desquelles apparaissent des individus aux fonctions biologiques différentes. De plus, il peut se compliquer d’une évolution facultative ou obligatoire sur plusieurs plantes hôtes.

Sur le plan biologique se distinguent deux catégories de pucerons :

Les espèces qui effectuent leur cycle sur la même espèce de plante hôte ou sur des espèces très voisines (même genre, même famille)

Exemple : le Puceron vert du pommier.

- Le puceron hiverne à l’état d’œufs déposés en masse sur les rameaux de l’année.

- Au printemps ces œufs éclosent au moment du débourrement. Devenues adultes les larves deviendront des femelles aptères aptes à se multiplier par parthénogénèse (sans fécondation) et à donner naissance par viviparité à d’autres femelles aptères parthénogénétiques à grande fécondité. Plusieurs générations d’individus identiques aboutissent à la formation de colonies populeuses. Ces pucerons se réunissent en manchons compacts de plusieurs centaines d’individus à l’extrémité des pousses. La croissance des rameaux est entravée, les feuilles s’enroulent et se gaufrent.

- A partir du mois d’avril et jusqu’en juillet, sous l’effet de la densité des populations et des conditions climatiques, vont apparaître des individus ailés. Aidés par le vent, ils vont assurer la dispersion de l’espèce sur d’autres pommiers ou sur d’autres rosacées de la même famille et fonder d’autres colonies. Du printemps à l’automne se succèdent environ 10 à 12 générations

- A l’automne apparaissent des mâles et des femelles sexuées. Après accouplement celles-ci vont pondre des œufs qui hiverneront.

La majorité des pucerons (environ 85%) sont ainsi inféodés à une ou quelques plantes hôtes.

Autres exemples : le Phylloxera de la vigne, le Phylloxera du chêne, le Puceron des pousses du rosier, le Puceron cendré du chou.

Les espèces dites migrantes dont le cycle complet doit se dérouler sur deux plantes hôtes ou deux groupes de plantes hôtes botaniquement différentes.

Exemple : le Puceron cendré du pommier.

La première partie du cycle est similaire à celle du cycle du Puceron vert du pommier, le pommier étant l’hôte primaire.

- Les individus ailés apparaissent de fin mai à fin juillet et émigrent sur des plantains hôtes secondaires, alors que sur les pommiers les colonies disparaissent. Plusieurs générations parthénogénétiques s’y succèdent.

- De nouveaux pucerons ailés apparaissent de septembre à novembre et effectuent une migration de retour sur le pommier. Ils seront à l’origine de la ponte des œufs qui hiverneront.

- Dans ce cas, la dispersion du ravageur sur les autres pommiers est fortuite, elle est assurée, au printemps, de pommier à pommier, par le transport de formes aptères (larves ou adultes) grâce au vent.

Quelques autres exemples :

Le Puceron vert du pêcher - hôte primaire : le pêcher - hôtes secondaires : une foule de plantes potagères, florales etc.…

Le Puceron noir de la fève - hôtes primaires : le fusain d’Europe, la boule de neige, le seringat - hôtes secondaires : 200 environ, plantes maraîchères, florales, betteraves, fèves...

Le Puceron du pétiole du peuplier - hôte primaire : le peuplier - hôtes secondaires : les racines des laitues et des chicorées.

Cas particuliers.

Dans certaines circonstances divers pucerons peuvent passer l’hiver sous la forme de femelles aptères parthénogénétiques.

Les températures létales et les températures minimales de développement des pucerons étant assez basses (4°C pour le Puceron vert du pêcher), certaines espèces peuvent se maintenir sur leur hôte, voir se développer sous leur forme parthénogénétiques dans les régions à hiver doux (sud de la France, bordure atlantique).

La multiplication asexuée de ces espèces sera plus précoce et plus rapide que par l’intermédiaire de la reproduction sexuée. Elle représente un risque accru pour les cultures, notamment pour les plantes potagères et florales.

Dans d’autres cas, nous observons une adaptation définitive du cycle liée à la rareté ou l’absence de l’hôte primaire ; c’est le cas du Puceron de l’échalote et du Puceron lanigère du pommier ; ce dernier, originaire d’Amérique du Nord, n’a pas retrouvé en Europe son hôte primaire l’orme américain. Sur notre continent, il vit sur ses hôtes secondaires, essentiellement le pommier et sur quelques autres Rosacées arbustives ornementales (aubépine, cognassier du Japon, cotonéaster…)

Dégâts causés par les pucerons

Les dégâts produits par les pucerons sont de différentes natures, ils sont classés en deux catégories.

Les dégâts directs



- Liés à la prise de nourriture : les prélèvements de sève privent les organes attaqués, voire la

plante entière d’eau et d’éléments nutritifs. Cette spoliation entraîne un affaiblissement général de la plante, une entrave à la croissance, un flétrissement.

Ces dégâts n’apparaissent qu’en présence d’une population importante de pucerons.

Ils sont généralement peu détectables visuellement sur les plantes ligneuses.

Par contre, sur les plantes herbacées, les plantes potagères en particulier, nous pouvons observer un ralentissement de croissance, les jeunes plants sont chétifs et peuvent disparaître. Sur laitues et endives le puceron des racines peut entraîner, surtout en période sèche, un ralentissement ou un arrêt de croissance au champ, une mauvaise qualité des chicons en forceries.

- Liés à l’effet irritant des piqûres et à l’action toxique de la salive. La présence de divers composants (enzymes, régulateurs de croissance, toxines) contribuent à provoquer des malformations variées.

  • Déformations des feuilles : enroulements, crispations, cloquages, boursouflures, recroquevillements ; chute.
  • Sur rameaux : courbures, rabougrissement, entre-nœuds courts.
  • Avortement de la floraison.
  • Fruits bosselés et petits (Puceron cendré du pommier).
  • Chancres sur parties ligneuses (puceron lanigère).
  • Galles faisant office d’abris larvaires sur les feuilles, les limbes et les pétioles (pucerons divers du peuplier), les rameaux (chermès des conifères).
  • Sur les denrées stockées (bulbes, oignons d’espèces florales ou potagères, semence de pommes de terre etc.) : altérations des organes de conservation et de leur faculté germinative, jeunes pousses chétives, mal formées.
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  • dégâts du puceron lanigère
    sur pommier (bousouflures)
  • . Sur les arbres ornementaux, nous ne retenons en général, sauf exception, que l’effet inesthétique.

    . Sur les arbres fruitiers l’importance des dégâts dépend de la nature du ravageur et de l’intensité de la pullulation. Sur le pommier, par exemple, le Puceron cendré est le plus dommageable. Il peut affecter la floraison, la nouaison, la formation des fruits.

    . Sur les plantes potagères et florales, les effets de la toxicité salivaire amplifient ceux de la ponction de sève. Feuillage et fruits peuvent être plus ou moins fortement déformés, entraîner une dépréciation ou conduire, dans les cas graves, à une destruction de la culture (sur Cucurbitacées par exemple, à la faveur de fortes pullulations).
    Les dégâts indirects

    - Liés à l’excrétion du miellat.

    Le miellat présent à la surface des végétaux n’est pas toxique pour la plante ; mais c’est un produit dessicant. En cas de canicule, il favorise un effet « coup de soleil » sur le feuillage. Ce miellat riche en sucre (6 à 11% de saccharose) attire les fourmis et les abeilles. Il constitue aussi un milieu favorable au développement de champignons saprophytes, agents de fumagines. Ces derniers forment, en conditions humides, un enduit noir superficiel, parfois très abondant. Il peut entraver la respiration, la photosynthèse, salir les organes consommables (les rendant impropres à la commercialisation), souiller l’environnement. Cette dernière nuisance est souvent mal perçue par le public.

    - Liés à la transmission du virus.

    Ces dégâts sont graves. Une virose est une maladie généralisée et incurable, qui freine le développement, réduit le rendement, altère l’aspect des végétaux. Elle se manifeste par des décolorations des feuilles et des fleurs, des déformations (possibles sur tous les types d’organes), des nécroses.

    La transmission du virus est réalisée par les insectes et quelques individus suffisent pour être à l’origine de la contamination d’une parcelle.

    Le risque est amplifié lorsque les pucerons vecteurs sont polyphages et susceptibles d’héberger plusieurs virus. Le Puceron vert du pêcher est capable de transmettre environ 120 maladies à virus sur les cultures potagères variées (betterave, concombre, laitue, haricot, pois ….).

    Maryvonne Decharme